L’If

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Patriarche des bois d’autrefois

Au temps de nos ancêtres, l’if sombre et magnifique était sans doute le seul arbre à feuilles persistantes de Grande Bretagne. Les Druides, qui croyaient en la réincarnation, tout comme ensuite les Chrétiens, avec leur enseignement de la réincarnation, le considéraient comme un symbole naturel de la vie éternelle. Sa capacité à atteindre un grand âge confirmait sa valeur symbolique. Les premiers Irlandais le voyaient comme l’un des plus vieux êtres sur terre. L’if est le dernier sur une liste de ce qui existait de plus ancien dans un passage du Livre de Lismore datant du quatorzième siècle : « Trois vies pour l’if, pour voir le monde du début à la fin. »

 

La réputation de l’if à vivre longtemps est due à sa façon unique de croître. Ses branches s’enfoncent dans le sol pour former de nouvelles pousses qui ensuite s’élèvent autour du vieux tronc ; elles semblent séparées mais elles sont en fait liées au tronc. Après un certain temps, on ne peut plus les distinguer de l’arbre d’origine. Ainsi l’if a toujours été un symbole de mort et de renaissance, le nouveau qui jaillit de l’ancien ; c’est un arbre qui nous convient parfaitement pour  l’étude au début de la nouvelle année. Avec le nouveau cycle solaire qui commence, les jours rallongent maintenant et nous avançons vers le futur en nous appuyant sur les réalisations du passé ; une nouvelle créativité jaillit, se fondant sur les accomplissements de l’année qui vient de se terminer.

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Mythologie irlandaise

Dans la mythologie irlandaise, l’if est l’un des cinq arbres sacrés ramenés de l’Autre Monde quand le pays a été divisé en cinq parties. Appelé Arbre de Ross, on dit qu’il est le « descendant de l’arbre situé au Paradis » et qu’il a donné une abondance durable à l’Irlande. Dans les Lois Brehon, il est cité comme l’un des Sept Arbres Maîtres ; d’importantes sanctions étaient réservées à celui qui osait en abattre un. La propriété d’un if est la cause d’une grande guerre dans un conte du douzième siècle : « L’If des Frères Ennemis[1] ». Le haut statut de l’arbre est aussi mentionnée dans un conte irlandais du Cycle Historique dans lequel un gardien de porcs rêva d’un if sur un rocher, devant lequel il y avait un oratoire. Des anges montaient et descendaient du faîtage au seuil. Il le raconta à un Druide qui interpréta le rêve ainsi : le rocher devait être le trône des Rois de Munster  à partir de ce jour, et le premier roi serait celui qui allumerait un feu sous l’if.

[1]« Yew-Tree of the Disputing Sons »

 

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Les Ifs et la Mort

Des bâtons d’if étaient conservés dans les cimetières païens en Irlande où ils étaient utilisés pour mesurer les dépouilles et les tombes. Dans la tragique histoire d’amour de Baile et Ailinn tirée du Cycle Historique, Baile meurt de chagrin pour la belle Ailinn. Après son enterrement, un if poussa sur sa tombe et « l’image de son visage était dans les branches ». Au bout de sept ans, les poètes coupèrent l’arbre et firent des tablettes d’écriture de son bois.

Un autre usage du bois d’if par les poètes est raconté dans le conte de Conn des Cent Batailles qui, avec ses druides et ses poètes, se perdit dans le brouillard et arriva dans un monde surnaturel ou un Druide inscrivait les noms de chaque prince depuis temps de Conn sur des tablettes d’if. Dans les écoles Bardiques, les poètes utilisaient des tablettes d’if pour les aider à mémoriser les longues incantations. D’autres contes expliquent comment le poète Cesarn grava (les mots) en Ogham sur 4 bâtons d’if. Chacun mesurait 24 pouces (60 cm) de long et avaient 8 côtés.

Les tablettes d’if étaient aussi utilisées pour graver les lettres Ogham dans le cadre de la magie, selon ce qu’il est écrit dans la littérature ancienne. Dans La Courtise d’Etaine, la belle héroïne a été enlevée par son mari, Eochaid, qui la rechercha pendant un an et un jour en vain. Finalement, il demanda de l’aide à son druide, Dallahd, qui fit quatre bâtons d’if et les grava d’Oghams. Il découvrit ainsi qu’Etaine était dans le sidh de Bri Leith, avec le roi des fées, Midir.

Après la Conquête Normande, une vague de constructions d’églises a entraîné la plantation de nombreux ifs dans les cimetières. Certains vivent encore aujourd’hui, après plus de 900 ans. Heureusement, leur fonction d’icône de la vie éternelle a été oubliée vers le 17e siècle, car sinon ils n’auraient sans doute pas survécu à la destruction par les Puritains. Les ifs étaient habituellement plantés de manière délibérée : l’un à côté du chemin menant du portail funéraire du cimetière à la porte principale de l’église, et l’autre à côté du chemin menant à la porte secondaire. Dans les premiers temps, le prêtre et les clercs devaient se rassembler sous le premier if pour attendre les porteurs funéraires. Les ruines des églises anglo-saxonnes suggèrent que les premier Anglais plantèrent les ifs en cercle autour de l’église qui était habituellement construite sur un monticule central.

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Culte chrétien

L’if a aussi été vénéré par les Chrétiens qui l’ont toujours associé aux cimetières. Un fragment de poème datant du haut Moyen-Âge fait référence à un if situé à l’extérieur d’une cellule chrétienne celtique primitive :

Il y a ici au-dessus de la confrérie

Un grand if luisant ;

La cloche mélodieuse émet une

une note claire et nette

Dans l’église Saint Columba.

Bien que provenant d’Irlande, ce vers peut se référer à l’Île d’Iona, l’île sacrée de Saint Columba, au large à l’Ouest de Mull en Écosse ; la tradition dit que le nom de cette île provient du mot gaélique désignant l’if, Ioho ou Ioha. L’île a autrefois été un puissant centre druidique, planté de bosquets sacrés d’ifs ; les traditions de Iona impliquent toujours la renaissance et la réincarnation. En Écosse, Saint Ninian, un prêtre de la Grande Bretagne romaine, planta de nombreux ifs dans les cimetières, y compris le célèbre If de Fortingale dans le Perthshire où les feux de Beltane étaient allumés chaque année dans une fente du tronc. Un vers déclare à propos de cet arbre :

Ici les Druides plaçaient leurs autels

Et adoraient le Soleil et la Lune

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La malédiction d’un arbre sacré

En effet, l’if était l’un des neuf arbres sacrés pour l’allumage des feux de Beltane, et la vieille comptine écossaise au sujet du feu naturel[1] l’appelle « l’arbre de la résilience ». Un autre if célèbre écossais se tenait à Tobar an luthair, le Puits de l’If dans l’Easter Ross (région orientale des Highlands). Sa présence donnait des qualités de guérison à l’eau, jusqu’à ce que quelqu’un l’abattit. Celui qui a fait ça a du le regretter car une vieille malédiction disait :

Puits de l’If, Puits de l’If,

Que les honneurs te soient rendus ;

En Enfer un lit est prêt pour celui

Qui coupe l’arbre qui est près de toi.

Un destin similaire attendait un individu à l’église de Saint Kevin de Glendalough, dans le Comté de Wicklow en Irlande, qui fut maudit parce que, comme une comptine le dit :

Il abattit l’If Sacré

Que Saint Kevin a planté.

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Sacrifice et Renaissance

Une autre tradition assure que la croix était en bois d’if, peut-être parce que ce bois symbolise l’immortalité. Un couplet provenant d’un chant traditionnel du Herefordshire, les Sept Vierges, raconte :

Descendez, descendez dans cette ville là-bas,

Et asseyez-vous parmi les gens :

Et là, vous trouverez le doux Jésus-Christ,

Cloué à un grand if.

On dit que les célèbres ifs de Nevern dans le Dyfed au Pays de Galles exsudent une substance rouge chaque année en sympathie pour le Christ. On portait des branches d’if dans les processions du Dimanche des Rameaux à la place du palmier et de l’olivier traditionnels ; de même, les autels de nombreuses églises étaient décorées de branches d’if le Jour de Pâques. L’if était aussi associé à un autre moment de résurrection – le Jour de l’An, où dans certaines paroisses, les villageois devaient se rassembler sous l’if du parvis de l’église pour voir arriver la Nouvelle Année.

Par la suite, les gens ne se souvinrent plus que du symbolisme de l’if associé à la mort. Shakespeare décrivit « l’if lugubre » et ses sorcières qui portaient « des feuilles d’ifs effilées dans l’éclipse de lune ». Le naturaliste du 19e siècle Gilbert White disait de ces arbres qu’ils étaient « un emblème de mortalité par leur apparence funéraire ». On voyait souvent un bosquet sombre et couvert d’ifs comme un lieu où d’exclusion ; une branche rapportée à la maison prédisait une mort dans la famille. Le cimetière est aujourd’hui vu comme un lieu de peur plutôt que comme un lieu sacré de retour au royaume ancestral.

Alors retournons à la sagesse des Druides et souvenons-nous, au tournant de l’année, des enseignements de l’if sacré : l’obscurité est la matrice de laquelle jaillit la lumière et que c’est de la mort que la vie surgit.

Traduction Okada